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Glossaire · Acteur

Le constructeur non réalisateur (CNR)

Promoteur, marchand de biens, CCMiste : ils ne posent pas une brique mais doivent la décennale comme s'ils avaient construit — avec une assurance dédiée.

Constructeur non réalisateur
Acteur
Catégorie
Art. 1792-1
la fiction : « réputé constructeur »
10 ans
de responsabilité, sans avoir construit
Obligatoire
l'assurance décennale CNR (art. L241-2)

Qu'est-ce qu'un constructeur non réalisateur ?

Une fiction juridique assumée : la loi étend la casquette de constructeur à ceux qui vendent ou font construire — pour protéger l'acquéreur.

Définition
Le constructeur non réalisateur est la personne qui, sans exécuter matériellement les travaux, est réputée constructeur par l'article 1792-1 du Code civil : celle qui vend, après achèvement, un ouvrage qu'elle a construit ou fait construire, ou qui, mandataire du maître d'ouvrage, accomplit une mission assimilable à celle d'un locateur d'ouvrage. Elle répond de la garantie décennale comme n'importe quelle entreprise.
Texte de référence

Article 1792-1 du Code civil

« Est réputé constructeur de l'ouvrage : 1° Tout architecte, entrepreneur, technicien ou autre personne liée au maître de l'ouvrage par un contrat de louage d'ouvrage ; 2° Toute personne qui vend, après achèvement, un ouvrage qu'elle a construit ou fait construire ; 3° Toute personne qui, bien qu'agissant en qualité de mandataire du propriétaire de l'ouvrage, accomplit une mission assimilable à celle d'un locateur d'ouvrage. » — Les 2° et 3° fondent la catégorie des CNR.

La raison d'être du dispositif : sans lui, un promoteur pourrait vendre 200 logements en n'étant tenu à rien — renvoyant chaque acquéreur fissuré vers un sous-traitant introuvable. La fiction du « réputé constructeur » donne à l'acquéreur un débiteur de garantie unique, identifié et solvable (via son assurance), à charge pour ce dernier d'exercer les recours contre les vrais réalisateurs.

Qui est constructeur non réalisateur ? Les cas concrets

La catégorie est plus large que le seul promoteur — et attrape parfois des acteurs qui s'ignorent CNR.

ProfilCNR ?Pourquoi
Promoteur vendant en VEFAOuiVendeur d'immeuble à construire : le cas d'école du CNR
Vendeur après achèvement (immeuble construit ou fait construire)OuiArticle 1792-1, 2° — y compris la foncière qui a fait bâtir puis revend
Constructeur CCMI sous-traitant 100 % des travauxOuiIl se charge de la construction sans la réaliser — décennale CNR en plus de sa garantie de livraison
Marchand de biens revendant après rénovation lourdeOuiIl vend un ouvrage qu'il a fait construire/rénover — dans les 10 ans, il en répond
Contractant général, AMO « toutes missions »SouventMandataire accomplissant une mission de locateur d'ouvrage (3°) — analyse au cas par cas
Particulier autoconstructeur revendant dans les 10 ansOui — sans assuranceRéputé constructeur envers l'acquéreur, sur son patrimoine personnel : le piège classique
Agent immobilier, simple revendeur d'un bien ancienNonIl n'a ni construit ni fait construire l'ouvrage vendu

Le critère n'est pas le métier mais le rôle dans l'opération : vendre un ouvrage qu'on a fait construire, ou se charger de sa construction, suffit.

Cas concret

Un marchand de biens achète un immeuble, le restructure lourdement (planchers, trémies, surélévation) via des entreprises, puis revend les lots. Quatre ans plus tard, affaissement d'un plancher : l'entreprise de gros œuvre est en liquidation. Les acquéreurs agissent directement contre le marchand de biens, réputé constructeur — et contre son assureur décennale CNR. Sans cette assurance, il aurait porté la reprise (180 000 €) sur ses fonds propres : c'est exactement le sinistre pour lequel la police CNR existe.

L'assurance décennale CNR : obligatoire et spécifique

Être réputé constructeur emporte l'obligation d'assurance — mais la police CNR ne se confond pas avec la décennale d'une entreprise.

L'article L241-2 du Code des assurances étend l'obligation d'assurance décennale à « celui qui fait réaliser pour autrui des travaux de construction » et au vendeur réputé constructeur : le CNR doit être couvert avant l'ouverture du chantier, comme un réalisateur. La police CNR présente deux particularités :

  • Elle couvre une responsabilité de récupération : le CNR n'exécute rien, sa condamnation vient de la défaillance (technique ou financière) des réalisateurs. L'assureur CNR tarife donc la qualité du montage : entreprises sélectionnées et assurées, maîtrise d'œuvre, contrôle technique, étude de sol.
  • Elle se souscrit par opération ou en abonnement : le promoteur actif prend une police « ouverte » déclarant chaque programme ; le marchand de biens occasionnel souscrit affaire par affaire — souvent en pack avec la dommage ouvrage de l'opération, chez le même assureur.
Ce que la police CNR couvre
  • La responsabilité décennale du CNR envers les acquéreurs successifs
  • Les désordres de nature décennale : solidité, impropriété à destination
  • La défense du CNR et les recours contre les réalisateurs et leurs assureurs
  • Selon extensions : bon fonctionnement, immatériels consécutifs, existants
Ce qu'elle ne couvre pas
  • Le préfinancement rapide de l'acquéreur — c'est le rôle de la DO de l'opération
  • Les non-conformités contractuelles et défauts de surface sans gravité décennale
  • La garantie financière d'achèvement (GFA) — autre police, autre objet
  • Les fautes dolosives ou la commercialisation (RC professionnelle distincte)
Pour l'acquéreur : le réflexe de vérification

Achat à un promoteur, un CCMiste ou un marchand de biens après travaux ? Demandez deux attestations : la dommage ouvrage de l'opération ET la décennale CNR du vendeur. La première vous indemnise vite ; la seconde garantit qu'un débiteur solvable existera encore dans huit ans — quand les entreprises auront peut-être disparu.

CNR, dommage ouvrage, décennales : l'ordre de passage en cas de sinistre

Sur une opération bien montée, l'acquéreur ne voit qu'un guichet — les autres se règlent entre assureurs.

Sinistre décennal sur un programme vendu par un CNR
  1. 1 L'acquéreur déclare à la DO de l'opération

    Préfinancement sans recherche de responsabilité — 60 jours pour la position, 90 pour l'offre. Pour les parties communes : via le syndic.

  2. 2 L'assureur DO exerce ses recours

    Contre les décennales des réalisateurs (entreprises, MOE, BET) — et contre la décennale CNR du vendeur, débiteur de la garantie envers les acquéreurs.

  3. 3 La police CNR absorbe ce que les réalisateurs ne paient pas

    Entreprise disparue, plafond épuisé, activité non couverte : la part orpheline remonte au CNR — et à son assureur.

  4. 4 À défaut de DO : action directe contre le CNR

    Si l'opération n'avait pas de DO (vieux programme, montage défaillant), l'acquéreur agit directement contre le CNR et son assureur — plus lent, mais le débiteur existe.

Le conseil de notre équipe

C'est la leçon des programmes sinistrés dix ans après : les entreprises passent, le couple DO + CNR reste. Quand nous montons une opération pour un marchand de biens ou un petit promoteur, les deux polices se cotent ensemble, sur le même dossier — c'est aussi ce que les notaires et les acquéreurs avertis demandent désormais avant de signer.

Questions fréquentes

Questions fréquentes — Constructeur non réalisateur

Qu'est-ce qu'un constructeur non réalisateur ?
Un professionnel que la loi répute constructeur alors qu'il n'exécute pas les travaux : celui qui vend, après achèvement, un ouvrage qu'il a construit ou fait construire (promoteur, marchand de biens), ou qui se charge de la construction en tant que mandataire (article 1792-1 du Code civil). Il doit la garantie décennale aux acquéreurs comme une entreprise.
L'assurance décennale CNR est-elle obligatoire ?
Oui : l'article L241-2 du Code des assurances étend l'obligation d'assurance décennale à celui qui fait réaliser des travaux pour autrui et au vendeur réputé constructeur. Elle se souscrit avant l'ouverture du chantier, par opération ou en police d'abonnement pour les promoteurs actifs — souvent en pack avec la dommage ouvrage.
Un marchand de biens est-il constructeur non réalisateur ?
Oui dès qu'il revend, dans les 10 ans, un bien sur lequel il a fait réaliser des travaux de construction ou de rénovation lourde : il vend un ouvrage qu'il a fait construire. Il répond alors des désordres décennaux envers les acquéreurs — d'où la police CNR, systématiquement exigée par les assureurs DO sur ses opérations.
Quelle différence entre décennale CNR et dommage ouvrage ?
La DO est l'assurance de préfinancement de l'opération : elle indemnise l'acquéreur vite, sans procès. La décennale CNR est l'assurance de responsabilité du vendeur/promoteur : elle paie les condamnations décennales qui remontent vers lui, notamment quand les entreprises réalisatrices ont disparu. Sur une opération bien montée, les deux coexistent.
Le CCMiste est-il un constructeur non réalisateur ?
Oui lorsqu'il sous-traite les travaux : il se charge de la construction sans la réaliser lui-même. Sa responsabilité décennale couvre l'ensemble de l'ouvrage, y compris les lots sous-traités — assurée par une police CNR (ou mixte réalisateur/non-réalisateur s'il exécute une partie en propre), qui s'ajoute à sa garantie de livraison.
Un particulier peut-il être constructeur non réalisateur ?
Oui, à ses dépens : celui qui fait construire (ou autoconstruit) puis revend dans les 10 ans est réputé constructeur envers l'acquéreur — sans assurance CNR, sur son patrimoine personnel. C'est l'une des raisons majeures de souscrire la dommage ouvrage : à la revente, elle rassure l'acquéreur et évite au vendeur de porter seul dix ans de garantie.
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