L'expertise dommage ouvrage
Une visite d'une à deux heures détermine la garantie, le chiffrage et la suite de votre dossier : voici comment la préparer — et peser sur le rapport.
Qui est cet expert, et que va-t-il décider ?
Il est missionné et payé par l'assureur — ni votre adversaire, ni votre conseil : un technicien dont le rapport fonde tout.
Après votre déclaration, l'assureur missionne un expert construction (cabinet indépendant, missionné au dossier). Sa mission tient en trois questions, et son rapport y répond dans l'ordre :
- Que constate-t-on ? Description des désordres, mesures, photos.
- Est-ce de nature décennale ? Atteinte à la solidité ou impropriété à destination — c'est ici que se joue la garantie.
- Combien coûte la réparation ? Travaux préconisés et chiffrage — c'est ici que se joue le montant.
La position de l'assureur (à 60 jours) et son offre (à 90 jours) reprennent presque toujours les conclusions de ce rapport. Peser sur l'expertise, c'est peser sur toute la suite — et cela se joue essentiellement avant et pendant la visite. Pour la notion générale (types d'expertises, contradictoire, judiciaire), voir la fiche expertise amiable du glossaire.
Préparer la visite : ce qui se gagne avant le jour J
Un expert juge autant sur pièces que sur place — le dossier que vous lui remettez oriente le rapport.
- 1 Rassemblez le dossier de l'ouvrage
PV de réception (et constats de levée de réserves), attestation DO, plans, notice descriptive, attestations décennale des entreprises. L'expert vérifie d'abord la date de réception et le lien du désordre avec les travaux garantis.
- 2 Documentez l'évolution du désordre
Photos datées à intervalles réguliers depuis la découverte : une fissure qui évolue plaide la gravité décennale bien mieux qu'un constat unique. Posez des témoins (jauges) si le désordre travaille.
- 3 Listez TOUS les désordres, pièce par pièce
Faites le tour complet avant la visite et notez tout — y compris ce qui vous paraît secondaire. Ce qui n'est pas montré à l'expert n'existe pas dans le rapport, et un désordre « oublié » devra faire l'objet d'une nouvelle déclaration.
- 4 Préparez les conséquences fonctionnelles
Pièce inutilisable, infiltrations actives, danger, chauffage impossible : la qualification décennale tient à l'impropriété à destination. Préparez les faits concrets qui la démontrent — dates, photos, factures d'énergie le cas échéant.
- 5 Envisagez une assistance si l'enjeu est lourd
Au-delà de quelques dizaines de milliers d'euros ou en cas de désordre structurel, un expert d'assuré (800 à 2 000 €) à vos côtés change le rapport de force — prévenez l'expert de l'assureur de sa présence.
Le jour J : déroulement et droits pendant la visite
La réunion est contradictoire : vous n'êtes pas spectateur, vous êtes partie.
Le déroulé type : tour des désordres, mesures et photos, questions sur l'historique (date d'apparition, évolution, interventions), examen des pièces. Pendant cette heure :
- Montrez tout, dans l'ordre de votre liste — et faites acter chaque désordre, même ceux que l'expert juge « à suivre ».
- Ne minimisez jamais (« ça ne fuit que quand il pleut fort ») : vos mots peuvent se retrouver dans le rapport. Décrivez factuellement, dates à l'appui.
- Ne signez pas de conclusions sur place : vous pouvez signer la feuille de présence, pas un accord sur les causes ou le chiffrage.
- Demandez la suite : rapport préliminaire, calendrier, éventuelle seconde visite. Notez ce qui est annoncé.
Dans les 48 h, envoyez un mail récapitulatif à l'expert (copie assureur) : désordres montrés, points évoqués, pièces remises. Ce compte rendu vous appartient — et il évite que le rapport « oublie » un désordre montré. C'est l'acte le plus rentable de toute la visite.
Après la visite : le rapport, la position, l'offre
Le rapport préliminaire arrive généralement 2 à 4 semaines après la visite — et structure tout ce qui suit.
- 1 Rapport préliminaire
Constats, analyse des causes, qualification (décennale ou non), premières préconisations. Demandez-en systématiquement la communication — vous y avez droit.
- 2 Position de l'assureur (J+60 max)
Prise en charge ou refus motivé, fondé sur le rapport. Les délais courent depuis votre déclaration, pas depuis la visite.
- 3 Rapport définitif et chiffrage
Travaux de réparation détaillés et chiffrés — la base de l'offre. Comparez ce chiffrage à des devis réels d'entreprises.
- 4 Offre d'indemnité (J+90 max)
Éventuellement provisionnelle. Insuffisante ou refus contestable : la riposte est décrite sur notre page contestation.
Les trois points à relire en priorité dans le rapport : la liste des désordres (tous ceux montrés y figurent-ils ?), la qualification (un « désordre esthétique » qui fuit est peut-être une impropriété à destination), et le chiffrage (comparez toujours à deux devis d'entreprises — les reprises périphériques et la maîtrise d'œuvre sont les oublis classiques).
Questions fréquentes — Expertise DO
Qui paie l'expert dans un sinistre dommage ouvrage ?
Quand a lieu l'expertise après la déclaration ?
Dois-je me faire assister pendant l'expertise ?
Puis-je obtenir le rapport d'expertise ?
Que faire si l'expert n'a pas noté tous les désordres ?
L'expert peut-il conclure que le désordre n'est pas décennal ?
Notions liées du glossaire
L'étape d'avant : la lettre qui déclenche
Les délaisLe calendrier que l'expertise doit respecter
ContesterRapport défavorable : la riposte graduée
L'indemnisationL'offre construite sur le rapport
Expertise amiableLa notion complète, côté glossaire
Vice de constructionLa qualification, enjeu n°1 du rapport
Une expertise à venir ? Préparez-la
Notre équipe vous aide à constituer le dossier, préparer la visite et relire le rapport — les trois moments où se joue réellement votre indemnisation.